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dimanche 15 mars 2015

Entrevue avec Catherine Bourgault

Catherine Bourgault (crédit photo DeLavoy)
« Internet est mon plus grand cauchemar! Pour y remédier, je m’enferme parfois dans une pièce avec un simple cahier et un crayon pour écrire quelques chapitres à la main sans être distraite pour un courriel ou les vidéos de petits chatons sur Facebook…» — Catherine Bourgault

Avant d’arriver au métier d’écrivain, Catherine Bourgault a fait des études en langues et traduction, ainsi qu’en relations industrielles à l’Université Laval. Après quelques années à la maison avec ses trois enfants, l’envie d’écrire s’est fait sentir. Une passion naissait… 

À quel moment avez-vous commencé à écrire, et pour quelles raisons avez-vous commencé à le faire?
J’écris d’aussi loin que je me souvienne. Journal intime, poèmes, petites histoires. D’ailleurs, j’ai commencé à écrire la trilogie Blanc maculé d’une ombre à l’âge de 15 ans, mais ce n’est qu’à 30 ans que je me suis décidée à la travailler dans le but d’une publication.

Vous arrive-t-il de procrastiner alors que vous devriez plonger dans l’écriture?

Oui, trop souvent. Internet est mon plus grand cauchemar! Pour y remédier, je m’enferme parfois dans une pièce avec un simple cahier et un crayon pour écrire quelques chapitres à la main sans être distraite pour un courriel ou les vidéos de petits chatons sur Facebook…

Quel est le moteur de votre inspiration?
Chaque instant de la vie quotidienne. Une conversation entre un homme et une femme à l’épicerie, une publicité à la télévision, la couleur des yeux d’une personne. En fait, je dis souvent aux gens qui m’entourent avec un sourire sadique que tout peut se retrouver dans un roman!

Vous arrive-t-il de vous relire et de trouver cela mauvais?
Dans mon cas, c’est plutôt l’inverse. Parfois, j’écris pendant une heure avec l’impression que tout est mauvais. Lorsque je relis l’ensemble par la suite, je trouve le texte plutôt bon et j’ajuste les détails qui m’agacent.

Croyez-vous plus au talent ou à la technique?
Les deux. Savoir construire une phrase est une chose, mais si elle n’a pas d’émotion, ce sera mauvais. Être capable de transposer dans un texte ce qu’un personnage ressent, il faut le sentir dans nos tripes et aucun livre ne peut nous apprendre comment faire, il faut le vivre.

Avez-vous eu de la difficulté à trouver un éditeur pour votre premier ouvrage? et pour les ouvrages subséquents?
Les étoiles étaient alignées pour moi, je n’ai jamais eu à envoyer un manuscrit dans l’espoir d’être publiée, les opportunités se sont présentées à moi. Il faut savoir mettre un pied dans les portes qui s’ouvrent devant nous et foncer. Je peux dire que j’ai eu de la chance, mon parcours a été plutôt facile et hors du commun.

Acceptez-vous que quelqu’un lise par-dessus votre épaule lorsque vous êtes en processus créatif?
Absolument, ça me permet souvent d’ajuster le tir et d’avoir un avis extérieur. Souvent, je suis trop collée sur mon texte pour bien le juger.

Quel est ce qui vous pose le plus de difficulté au moment de l’écriture?
Pour moi, le début et la fin coulent naturellement. Par contre, à mi-chemin, c’est l’horreur. Je nage dans mes intrigues, je remets tout en question. Ce sentiment qu’il en reste encore beaucoup à faire, que je n’y arriverai pas… Et puis tout déboule une fois ce stade passé.

Acceptez-vous de retoucher votre texte à la demande d’un éditeur?
Bien sûr, puisque c’est un travail d’équipe. Ils sont beaucoup mieux placés que moi, d’un point de vue professionnel, pour savoir ce qui est pertinent ou non. Je suis chanceuse, car avec mon éditeur, tout est discutable et je me sens respectée dans le processus. Un aspect à ne jamais négliger.

Planifiez-vous votre écriture ou si vous vous laissez porter par elle?
Je fais toujours un plan avant de me lancer à l’écriture. Par contre, le plan est souple et je l’ajuste au fur et à mesure que mon travail avance. Il me sert surtout de barrière rassurante lorsque je m’égare et que je ne sais plus quelle direction prendre. Je me ramène alors à l’essentiel.

Quelle est l’ambiance de travail dont vous avez besoin pour vous plonger dans l’écriture?
Aucune en particulier. Par contre, je préfère la maison à un lieu public comme un café ou une bibliothèque. D’ailleurs, j’écris dans toutes les pièces. Si l’inspiration manque, je change de pièce et souvent, ça fonctionne! Je mets parfois un fond de musique et j’essaie de plus en plus de travailler debout, je me sens moins lourde à la fin de la journée.

Avez-vous un lieu ou un rituel d’écriture en particulier?
L’écriture est mon travail à temps plein. Le matin, je vais porter mes trois héritiers à l’école et à la garderie, puis je m’installe pour la journée comme n’importe quel travailleur le fait. J’ai toujours une bonne séance d’écriture l’avant-midi. Entre 11 h et 13 h, je fais une pause jogging, dîner, tâches ménagères… Je repends le travail une heure ou deux l’après-midi avant d’aller chercher mon petit monde. Évidemment, le soir, lorsque la maison est calme, je relis ce que j’ai fait dans la journée et je retravaille les passages.

Éprouvez-vous parfois des pannes d’inspiration?
Ce n’est pas vraiment une panne d’inspiration, mais parfois, je n’arrive pas à trouver le bon filon, ce qui me rend d’humeur massacrante. J’ai alors l’impression que je ne trouverai jamais le petit quelque chose qui fera débloquer le reste de l’histoire, je panique. Ce qui est ridicule, car je sais très bien que je trouve toujours!

Lorsque vous travaillez un texte, et que vous en faites relecture, après le premier jet, tranchez-vous généralement dans le texte à cette étape du travail, ou si, au contraire, vous avez tendance à en rajouter pour préciser, mieux camper les atmosphères etc.?
De plus en plus, j’apprends à cracher le premier jet sans me soucier que le texte soit parfait. Par la suite, je reformule et j’ajoute les détails comme des descriptions, des dialogues…

Lorsque vous terminez l’écriture d’un manuscrit, êtes-vous déjà prêt à vous lancer dans l’écriture du prochain?
J’ai toujours deux projets en même temps, un jeunesse et un adulte. Je jongle entre les deux selon l’inspiration. J’ai aussi un document nommé « idées roman », donc j’enchaîne les romans sans trop de difficulté. Si j’aime particulièrement un personnage, je me permets de lui faire faire une apparition dans une nouvelle histoire.

Écrivez-vous dans la douleur ou dans la joie?
Ça dépend du projet. Parfois, c’est facile, je rigole et tout s’écrit en un claquement de doigts. À d’autres moments, je rencontre mur après mur et je sue ma vie! En fin de compte, les deux sont très instructifs et amènent la satisfaction du devoir accompli.

Êtes-vous sensible à la critique que l’on fait de vos écrits?
C’est un métier fait de haut et de bas. Une journée, vous recevez un message gentil au point de vous faire sentir le meilleur écrivain de la planète, puis le lendemain, vous recevez un message moyen. Boom! La bulle est crevée et on a l’impression que tout ce qu’on fait est nul. Un jour, un humoriste bien connu m’a donné ce conseil : « Au début d’une carrière, tu mets deux semaines à te remettre d’une mauvaise critique, ensuite, deux jours, deux heures et finalement, deux minutes… » Je garde ça en tête!

Que pensez-vous de vos premiers ouvrages publiés?
Ils seront toujours mon coup de cœur, mes premiers bébés et j’y suis très attachée.

Complétez à votre guise l’énoncé suivant : « Écrire c’est… »
Écrire, c’est parler sans bruit.

Site web officiel de l'auteure: www.catherinebourgault.com

dimanche 15 février 2015

Entrevue avec Martine Delvaux

Martine Delvaux (Crédit photo Patrick Harrop)
« Je ne sais, au fond, qu’écrire sur ce qui m’est proche, intime. Je dis souvent que je n’ai pas d’imagination et que mon seul matériel, c’est (malheureusement!) moi.» — Martine Delvaux


Martine Delvaux est écrivaine et professeure au Département d’Études littéraires de l’UQAM. Elle a publié des romans: C’est quand le bonheur? (Héliotrope, 2007), Rose amer (Héliotrope, 2009) et Les Cascadeurs de l’amour n’ont pas droit au doublage (Héliotrope, 2012), ainsi que des essais, dont les plus récents: Les filles en série. Des barbies aux Pussy Riot (Éditions du remue-ménage, 2013) et Nan Goldin. Guerrière et gorgone (Héliotrope, 2014).

La grande question : pourquoi écrivez-vous?
Parce que je ne peux pas faire autrement, c’est plus fort que moi. Je vis les choses comme des choses à écrire, des projets d’écriture. Comme si écrire était la seule façon d’aborder le monde.

Quelles sont vos thématiques préférées?
Je ne sais, au fond, qu’écrire sur ce qui m’est proche, intime. Je dis souvent que je n’ai pas d’imagination et que mon seul matériel, c’est (malheureusement!) moi.

Quels sont les écrivains qui vous ont influencé(e), ou vous influencent encore aujourd’hui?
Marguerite Duras, Christine Angot, Hervé Guibert… ce sont des voix, des regards qui m’inspirent. Des engagements, aussi, esthétiques et politiques. Des points de vue, des prises de positions, des rythmes, des pulsations.

Que pensez-vous de la liberté de l’écrivain?
Je ne sais pas si on est libre, jamais, en tant qu’individu. Je ne le crois pas, pas vraiment. Mais peut-être qu’écrire a à voir avec tenter (un peu vainement) de se bricoler un espace de liberté.

Quel est le moteur de votre inspiration?
Je ne sais pas si je crois à l’inspiration mais je sais qu’il y a des flashs, des éclairs, comme si je me disais à un moment donné: voilà, ça, c’est une piste. Après, à partir de cet éclair, il faut s’y consacrer, travailler.

Vous arrive-t-il de vous relire et de trouver cela mauvais?
Tout le temps! Et surtout, ce qui chaque fois me surprend: une fois le livre publié, j’oublie que je l’ai écrit. Je le relis comme s’il était de quelqu’un d’autre.

Acceptez-vous que quelqu’un lise par-dessus votre épaule lorsque vous êtes en processus créatif?
Non, absolument pas. Je ne livre rien avant d’avoir un jet complet, lisible, et sentir le besoin d’être lu. Le seul lieu où je suis un peu superstitieuse, c’est celui-là. Ne rien dévoiler, ne rien montrer de peur que ça ne s’envole!

Quel est ce qui vous pose le plus de difficulté au moment de l’écriture?
Avoir confiance que c’est le bon projet. Et puis, trouver la voix. Je ne sais pas comment l’expliquer, mais ça a à voir avec la musique de la phrase, puis du texte. Sentir que c’est le bon ton, que je m’adresse de la bonne façon.

Vous arrive-t-il de vous autocensurer?
Oui, pour protéger, pour ne pas blesser les gens proches de moi.

Une part de votre écriture est-elle autofictive?
Oui, absolument! En fait, toute mon écriture!

Planifiez-vous votre écriture ou si vous vous laissez porter par elle?
Je ne planifie pas vraiment, mais j’ai une sorte de ligne directrice, parfois vague, parfois plus précise. Mais c’est tout. J’ai un fil rouge qui guide l’écriture. Mais après, c’est l’écriture qui décide. Je pense en écrivant, je trouve en écrivant.

Éprouvez-vous parfois des pannes d’inspiration?
Je n’appellerais pas ça des pannes d’inspiration. Je dirais que parfois, des textes sont plus difficiles à trouver que d’autres. Et que donc je bute. Je me relis beaucoup. Je cherche longtemps. J’essaye plusieurs choses. Ça peut être décourageant, mais je sais que c’est nécessaire.

Lorsque vous terminez l’écriture d’un manuscrit, êtes-vous déjà prêt à vous lancer dans l’écriture du prochain?
Souvent, je termine un manuscrit au moment où un autre projet se pointe à mon esprit. C’est un signe que j’en ai bientôt fini avec le texte en question.

Écrivez-vous dans la douleur ou dans la joie?
Dans la joie, l’adrénaline. Même quand c’est souffrant.

jeudi 15 janvier 2015

Entrevue avec Matthieu Simard


« Je n’ai aucune idée comment j’ai fait pour écrire tout ce que j’ai écrit. Chaque fois, c’est un combat qui recommence, ces jeux sur mon téléphone ont besoin de moi, et cet Internet ne se lira pas tout seul.» ― Matthieu Simard

Né en 1974, Matthieu Simard est l'auteur des romans à succès Échecs amoureux et autres niaiseries et Ça sent la coupe. Après un détour remarqué vers la littérature jeunesse (Pavel), il revient en force avec La tendresse attendra, un roman de peine d'amour et de plomberie. (Source: La librairie Gallimard de Montréal)

La grande question : pourquoi écrivez-vous?
Petite réponse : pour le fun. Quand j’étais jeune, l’écriture était un besoin viscéral. Avec les années, les publications, les angoisses qui viennent avec le lectorat, c’est devenu une habitude, moins nécessaire, mais toujours aussi présente. Et puis écrire, ça me fait du bien, tout simplement.

À quel moment avez-vous commencé à écrire, et pour quelles raisons avez-vous commencé à le faire?
J’écris avec passion depuis l’adolescence. À ce moment-là, c’était de petites pensées dans mes agendas du secondaire, des chroniques dans les journaux étudiants, des histoires sur des feuilles mobiles. Et j’ai toujours su que j’écrirais des romans, que ce serait mon métier, mais j’ai aussi su pendant des années que je n’y étais pas prêt. À vingt-cinq ans, grosse peine d’amour, l’écriture comme seule issue, j’étais rendu. En novembre 1999, j’ai commencé à écrire en sachant que ce que j’écrivais, je ne l’écrivais plus juste pour moi, que ça deviendrait plus grand que mes petites histoires sur des feuilles mobiles. À ce moment-là, je n’avais pas le choix d’y croire, alors j’y ai cru.

Vous arrive-t-il de procrastiner alors que vous devriez plonger dans l’écriture?
Toujours. Je n’ai aucune idée comment j’ai fait pour écrire tout ce que j’ai écrit. Chaque fois, c’est un combat qui recommence, ces jeux sur mon téléphone ont besoin de moi, et cet Internet ne se lira pas tout seul. (Cela dit, j’accepte que c’est comme ça que je fonctionne. Je ne le vois plus comme un frein, juste comme un passage obligé.)

Que pensez-vous de la liberté de l’écrivain?
Que trop d’auteurs ont tendance à l’oublier.

Croyez-vous plus au talent ou à la technique?
Au talent. La technique, ça s’apprend, ça se développe, ça se perfectionne. Sans talent, la technique ne sert à rien.

Acceptez-vous de retoucher votre texte à la demande d’un éditeur?
Bien sûr. C’est primordial. La plupart des directeurs littéraires avec qui j’ai travaillé étaient très doués pour mettre leur doigt sur le bobo, mais très peu doués pour trouver la solution. Et c’est très bien ainsi. Je crois que le rôle de l’auteur dans le travail de réécriture, c’est de comprendre ce qui cloche quand un directeur littéraire suggère un changement, puis de trouver en soi la meilleure solution. Quand je travaillais avec des graphistes, dans une autre vie, on répétait souvent, quand un client trouvait qu’on était trop pointilleux, que monsieur-madame-tout-le-monde serait incapable de dire que deux lignes sont un pixel off, mais qu’il trouverait que c’est pas super beau. C’est la même chose avec le travail sur un texte : si un directeur littéraire trébuche quelque part, on n’est pas obligé d’écouter sa suggestion, mais on doit trouver ce qui l’a dérangé.

Une part de votre écriture est-elle autofictive?
Une large part, oui. Je le vois comme un jeu avec le lecteur, et j’ai tendance, de roman en roman, à en rajouter des couches, juste pour le plaisir.

Quelle est l’ambiance de travail dont vous avez besoin pour vous plonger dans l’écriture?
Avant d’avoir des enfants, j’avais besoin de temps, de beaucoup de temps avant de pouvoir me mettre au travail. Je pouvais m’installer devant l’ordinateur à 22 heures, et ne commencer à écrire qu’à 6 heures du matin. Avec les enfants, c’est pas mal plus difficile, alors j’essaie depuis quelques années de trouver des trucs pour accélérer mon démarrage... Red Bull, musique, café, bon coup de pied dans le derrière. Pour être honnête, ça ne fonctionne pas du tout. J’écris moins, c’est tout.

Éprouvez-vous parfois des pannes d’inspiration?
D’inspiration, non, mais de motivation, oui. En fait, les moments où j’ai le plus de misère à écrire sont ceux où je suis le plus inspiré. Trop de nouvelles idées dans ma petite tête, ça donne trop de nouveaux projets à lancer. Et trop de nouveaux projets, ça coupe l’enthousiasme quant aux projets en cours.

Lorsque vous terminez l’écriture d’un manuscrit, êtes-vous déjà prêt à vous lancer dans l’écriture du prochain?
J’ai la chance d’avoir deux métiers liés à l’écriture : écrivain et scénariste. Quand j’écris un roman, je m’ennuie de la scénarisation, et quand j’écris un scénario, je m’ennuie de l’écriture de romans. Ça rend le passage d’un projet à l’autre très facile.

Écrivez-vous dans la douleur ou dans la joie?
C’est pas la même chose? Ça fait du bien, avoir mal.

Êtes-vous sensible à la critique que l’on fait de vos écrits?
Beaucoup trop. Et c’est aussi vrai pour le positif que le négatif. Les bons commentaires provoquent autant de questionnements chez moi que les mauvais; je veux comprendre pourquoi les gens aiment tel ou tel aspect de ce que je fais, et pourquoi ils n’aiment pas ce qu’ils n’aiment pas. C’est obsédant.

Complétez à votre guise l’énoncé suivant : « Écrire c’est… »
... chouette.

Pour en savoir un peu plus sur cet auteur, visitez sa page Facebook.

dimanche 14 décembre 2014

Entrevue avec Geneviève Pettersen

Geneviève Petterson © Le Quartanier / Christian Blais
« Je crois qu'un des plus grands pièges, pour un écrivain, c'est de penser que tout ce qui sort de sa tête est forcément bon.» — Geneviève Pettersen

Geneviève Pettersen est née en 1982. Elle a grandi entre Québec, Jonquière, Chicoutimi, Saint-Honoré et Falardeau avant de déménager à Montréal en 2001. Après des études en sociologie des religions et en littérature à l’UQAM, elle a travaillé dans l’édition puis fait un saut en publicité. Elle tient une chronique dans La Presse+ sous le nom de Madame Chose et collabore à différents magazines. La déesse des mouches à feu est son premier roman. (Source: Le Quartanier

La grande question : pourquoi écrivez-vous?
Parce que je ne sais rien faire d'autre. Sans blague, j'écris surtout parce que je suis une fille formidablement solitaire et casanière et que l'écriture embrasse parfaitement ces traits de ma personnalité. Je serais incapable de faire du 9@5 entourée de collègues avec toutes les contraintes et la diplomatie que cela implique. Je le sais, je l'ai déjà essayé et ça m'a rendu très malheureuse.

À quel moment avez-vous commencé à écrire, et pour quelles raisons avez-vous commencé à le faire? 
J'ai toujours écrit, mais c'était plus pour m'amuser qu'autre chose. J'ai commencé à écrire sérieusement à la mi-vingtaine. D'abord, j'ai écris pour différents magazines. C'était pour gagner de l'argent. Après, j'ai eu envie de trouver ma propre voix. C'est là que j'ai inventé Madame Chose. Ce blogue m'a permis de découvrir qui j'étais comme auteure et d'explorer cette voix que j'avais ignorée bien longtemps à force d'écrire pour des clients. C'est donc dire que sans Madame Chose, pas de Déesse des mouches à feu.

Quelles sont vos thématiques préférées?
Le territoire, la famille, la transmission, la solitude, l'enfermement, l'exaltation et la violence des milieux et des hommes.

Quel est l’objectif que vous tentez d’atteindre en travaillant un texte?
Écrire pour moi c'est avant tout une question de sonorité, de «beat». Je suis un peu obsédée par la langue de mes personnages. Je me demande sans cesse si elle est juste et si elle les représente bien. Je passe mon temps à lire et à relire ce que j'écris à voix haute pour voir si ça sonne bien. Si je ne peux pas entendre mes personnages me parler, si leur voix est en décalage par rapport à l'histoire que j'ai inventée, alors j'efface tout et je recommence parce que ça veut dire que c'est raté. L'objectif de mon écriture, c'est ce sentiment de vérité qu'on doit ressentir à la rencontre de mes personnages et des histoires que je raconte.

Vous arrive-t-il de procrastiner alors que vous devriez plonger dans l’écriture?
Pour moi, la procrastination est intimement liée au processus d'écriture. C'est impossible pour moi de m'assoir devant mon ordinateur huit heures de temps. J'étouffe. Je dois absolument faire autre chose si je ne veux pas avoir l'impression d'être prisonnière de mon texte. J'ai eu mes meilleures idées en brassant une sauce à spaghetti ou en écoutant la télévision. Parfois, j'ai besoin de laisser mariner les mots un peu avant d'y revenir. Procrastiner me permet de laisser mon texte de côté pour mieux y revenir. De retour devant mon écran après une séance de «chat» Facebook ou quatre épisodes de Happy Valley, je suis prête à recommencer et j'y vois plus clair.

Quels sont les écrivains qui vous ont influencé(e), ou vous influencent encore beaucoup aujourd’hui?
Anne Hébert, David Vann, Zadie Smith, Donna Tartt, Marie-Claire Blais, Félix-Antoine Savard, Samuel Archibald, Marie Ugay, Josée Yvon, Raymond Bock, Michel Tremblay, Fanny Britt, François Rioux et Patrick Brisebois.

Vous arrive-t-il de vous relire et de trouver cela mauvais?
Tout le temps. Je crois qu'un des plus grands pièges, pour un écrivain, c'est de penser que tout ce qui sort de sa tête est forcément bon. Kill your darlings, disait Faulkner. Il n'y a pas meilleur conseil pour celui qui écrit, je pense.

Croyez-vous plus au talent ou à la technique?
Je crois au talent et à la technique mais je crois surtout au travail et à l'humilité. Écrire, pour moi, c'est un travail. Le talent y est pour quelque chose, c'est clair, mais le travail et la rigueur sont encore plus importants que lui.

Acceptez-vous que quelqu’un lise par-dessus votre épaule lorsque vous êtes en processus créatif? 
NON

Acceptez-vous de retoucher votre texte à la demande d’un éditeur?
Non seulement je l'accepte mais il le faut. Le travail de l'éditeur sur le texte d'un auteur est très important. J'aime voir mon éditeur comme un coach de hockey : il ne compte pas à ma place mais il me force à travailler fort dans les coins.

Une part de votre écriture est-elle autofictive?
Forcément. Je ne crois pas qu'un texte puisse être totalement détaché de l'expérience de celui qui l'écrit, ne serais-ce que parce que tout ce qu'on raconte passe automatiquement par le filtre ne notre interprétation.

Pour en apprendre un peu plus sur l'auteure, visitez le site web de Madame Chose

lundi 1 décembre 2014

Entrevue avec Mélikah Abdelmoumen

Mélikah Abdelmoumen (crédits Mathieu Rivard)« Avec l’expérience j’ai appris que le plus souvent, plutôt que de culpabiliser dans ces moments de procrastination, il fallait que je les accepte, que je les laisse advenir, car ils sont aussi le signe que quelque chose a besoin de mûrir. » ― Mélikah Abdelmoumen

Mélikah Abdelmoumen est née au Québec en 1972 et vit en France depuis 2005. Elle est l’auteure de nombreux articles et nouvelles et de plusieurs romans, dont Chair d’assaut (1999, Prix de la première œuvre du Salon du livre du Saguenay), Alia (2006, finaliste au Prix Littéraire des Collégiens du Québec) et Victoria et le Vagabond (2008). Elle a également publié un essai tiré de sa thèse, L’École des lectrices : Doubrovsky et la dialectique de l’écrivain, aux Presses Universitaires de Lyon en 2011. A l'automne 2013 paraissent Les Désastrées, roman, chez VLB Éditeur (Québec) et Adèle et Lee, un "nanonoir", aux Éditions Emoticourt (France). Elle tient depuis deux ans un blog relatant son engagement auprès de familles roms sans-abri de la région lyonnaise.

La grande question : pourquoi écrivez-vous?
La réponse est assez simple : parce que je ne peux pas ne pas écrire! C’est un réflexe que j’ai depuis toute jeune, de passer à l’acte (d’écrire) lorsque je vois ou que je traverse des choses significatives, choquantes, bouleversantes. Plus récemment s’est ajouté le désir de témoigner de certaines réalités sociales qui me semblent inacceptables ou injustes… Je suis peut-être bien en train de devenir une « auteure engagée », en ce sens que j’ai entrepris de m’impliquer socialement dans ma vie de tous les jours et de compléter cela par un travail d’écriture (notamment via un blogue que je suis en train de transformer en livre-témoignage, ainsi qu’un projet de roman noir à tendance assez sociale). Il m’a vite semblé évident que je devais rendre mon « métier » utile à mon engagement… ou au moins que l’écriture le complète et l’appuie, à côté d’autres types de projets… Évidemment je ne prétends pas que tout auteur ou tout projet d’écriture doive être « militant » ou « social ». L’engagement de l’écrivain peut aussi être strictement esthétique, cela va de soi, et peut donner lieu à des œuvres majeures, incontournables!

Vous arrive-t-il de procrastiner alors que vous devriez plonger dans l’écriture?
Oui, bien sûr! Et avec l’expérience j’ai appris que le plus souvent, plutôt que de culpabiliser dans ces moments de procrastination, il fallait que je les accepte, que je les laisse advenir, car ils sont aussi le signe que quelque chose a besoin de mûrir. Alors désormais, au lieu de paniquer et de perdre encore plus de temps, j’accepte de me dire que ces périodes d’improductivité sont soit indicatrices qu’un temps de repos est nécessaire pour mieux « repartir », ou qu’elles signalent le besoin de me nourrir (de lire, d’écouter de la musique, de regarder des films ou une série télé), de m’abreuver d’œuvres qui seront sources d’inspiration ou de motivation, qui me fouetteront et me  galvaniseront.

Quels sont les écrivains qui vous ont influencé(e), ou vous influencent encore beaucoup aujourd’hui?
Ils sont presque trop nombreux pour que je les nomme sans en oublier plusieurs, mais comme ça, les premiers qui me viennent à l’esprit : Hubert Aquin, Joyce Carol Oates, Bret Easton Ellis, James Ellroy, Edwy Plenel, George Orwell, Georges Perec, Serge Doubrovsky, Jane Austen, Catherine Mavrikakis, Anne Hébert, Marcel Proust, Balzac, Zola, George Sand, Hermann Melville, Kurt Vonnegut Jr., Hervé Guibert, Robert Musil, Nelly Arcan…

Vous arrive-t-il de vous relire et de trouver cela mauvais?
Oh, que oui! Le contraire serait un peu suspect, non? Héhé…

Acceptez-vous que quelqu’un lise par-dessus votre épaule lorsque vous êtes en processus créatif?
Bien sûr! J’ai même quelques lecteurs préférés (pas forcément parce qu’ils aiment tout ce que j’écris, bien sûr, mais pour l’acuité de leur regard et leur grande franchise) à qui je demande leur avis en cours de route. Cela me permet de faire le point, de voir si et comment le manuscrit fonctionne, ce qu’il lui faudrait pour aller plus loin, pour aller au bout de son potentiel… si tant est qu’il en ait!

Acceptez-vous de retoucher votre texte à la demande d’un éditeur?
Toujours. Le contact avec un bon éditeur, qui sache vous aider à prendre du recul, et à trouver ce qu’il reste à faire pour pousser votre texte au maximum de ses potentialités, est l’une des choses les plus précieuses. Il faut apprendre à savoir faire le tri, parmi les suggestions de l’éditeur, entre celles qui nous semblent à appliquer telles quelles, celles qui tombent juste mais qui proposent une solution qui peut-être ressemble davantage à l’éditeur qu’à soi-même, faire des contrepropositions, discuter… Bref, trouver un équilibre. Mais en général, entre un auteur et un éditeur de bonne volonté, tous deux préoccupés davantage par la qualité du texte que par des questions d’ego, cet équilibre se trouve aisément, et le retravail peut vraiment amener le livre plus loin qu’on l’aurait jamais amené seul.

Une part de votre écriture est-elle autofictive?
J’ai passé beaucoup, beaucoup d’années à étudier l’autofiction (dans le cadre d’une thèse, notamment), qui est une forme littéraire que j’apprécie beaucoup et dont je pense que contrairement à la croyance populaire, elle peut être tout sauf fermée sur son auteur ou bêtement narcissique… mais je m’écarte de la question! Pour tout dire, je suis persuadée qu’il y a une part de moi-même dans mes œuvres les plus apparemment fictives, comme il y a une part d’inconnu et d’imagination même dans celles qui ressemblent le plus à du témoignage ou à de l’écriture du moi… Peut-être, d’ailleurs, est-ce le cas pour tous les écrivains du monde...

Lorsque vous terminez l’écriture d’un manuscrit, êtes-vous déjà prêt à vous lancer dans l’écriture du prochain?
Non, il me faut un peu de temps, en général… Plusieurs mois, pour sortir du livre terminé, faire de la place pour le suivant, pour que l’idée du suivant advienne… et j’ai souvent entre deux livres ce que j’appelle des phases éponge, où je consomme boulimiquement musique, livres, séries-télé, cinéma, etc., et où tout cela me nourrit, prépare le terrain et le terreau pour un autre projet.

Êtes-vous sensible à la critique que l’on fait de vos écrits?
Oui, souvent. Quand on me les signale, en tout cas. À une époque, c’était une grande source d’angoisse. Aujourd’hui, j’essaie de vivre cela plus sereinement en me disant trois choses :
  1. J’ai sans doute quelque chose à retenir ou à apprendre de toute critique sérieuse et conséquente qui ait été faite d’un de mes livres, que ce soit au plan personnel ou en matière de travail d’écriture, que la critique soit positive ou négative.
  2. Le critique est un lecteur comme les autres (enfin, avec idéalement des compétences particulières). Il est un individu qui est allé à la rencontre de votre livre, et qui en rend compte selon sa sensibilité, ses connaissances, sa « lunette ». Il ne détient pas la Vérité Absolue (qui de toute manière n’existe pas en littérature) mais il porte sur le livre qu’il critique un regard qui vaut la peine d’être considéré : celui d’un individu doté d’une sensibilité littéraire prononcée, une passion pour la littérature (puisqu’il a choisi d’en faire métier), qui possède des compétences de lecteur particulières, et qui, depuis sa position propre et unique, parle du travail que vous avez fait.
  3. Il y a de moins en moins d’espace pour la véritable critique dans les médias, la place qu’elle occupe se réduit comme peau de chagrin, alors lorsqu’un journaliste ou un critique se penche sur un de mes ouvrages, que son opinion soit positive ou négative, j’essaie de me souvenir que je suis privilégiée… Cette rencontre virtuelle avec le critique, qui est déjà un phénomène passionnant en soi (même si elle est conflictuelle ou difficile!), peut de plus donner lieu à des rencontres virtuelles avec des lecteurs qu’autrement, je n’aurais jamais eus. Et ça, c’est précieux.
Lorsque vous êtes en processus d’écriture, lisez-vous d’autres auteurs sur le sujet qui vous préoccupe?
Oui! Je lis, mais je regarde aussi des films et séries télé, j’écoute de la musique, etc., pendant les périodes d’écriture. Tout ce que je découvre, vois, entends, lis (que ce soit dans le domaine de la fiction ou pas) nourrit le travail en chantier, et peut parfois même l’infléchir… Une chanson de Trent Reznor, par exemple, a complètement bouleversé le cours de mon roman Les Désastrées parce que j’écoutais et faisais des recherches sur Nine Inch Nails à un moment précis de la rédaction. Le plan de la suite et le destin de certains personnages clefs s’en sont trouvés complètement chamboulés!

Le site web de l’auteure:  melikahabdelmoumen.blogspot.fr 

samedi 15 novembre 2014

Entrevue avec Sophie-Luce Morin

«C’est fou le temps que je mets à fignoler une phrase, à trouver le mot juste, à reprendre mon texte jusqu’à ce qu’il reflète le plus précisément possible ma pensée. Je tranche, je reprends, je peaufine, je rature, j’élimine, je rajoute, je déplace, je doute, je consulte, j’abandonne, je reviens.» ― Sophie-Luce Morin

La grande question : pourquoi écrivez-vous ?
D’emblée, j’aurais envie de vous dire que j’écris parce que « travailler, c’est trop dur »[1]. Bien que vraie, cette réponse pourrait cependant être mal interprétée. Surtout, elle ne rendrait pas justice à mon parcours parsemé de doutes et de quelques plusieurs embûches.

Je crois que mon désir d’écrire a commencé par une attirance profonde pour les livres. Je me rappelle la fascination que les dictionnaires et les encyclopédies exerçaient sur moi, alors que je n’étais âgée que de trois ans et que ne savais pas encore lire. J’aimais l’odeur de l’encre, la texture et le froissement du papier quand je tournais les pages. J’aimais les livres, comme les petites filles aiment les poupées, en général.

Ensuite, il y a eu ma rencontre avec Kim Yaroshevskaya, alias Fanfreluche, lors d’un souper chez une amie. J’avais huit ans. Les gens de ma génération se souviennent sûrement de cette série mettant en scène la poupée Fanfreluche, qui racontait des contes et des légendes aux enfants. Quand elle jugeait que « ce qui arrivait dans l’histoire n’était pas très juste »[2], elle entrait dans le livre pour en changer l’issue.

Je ne saurais exprimer à quel point ces quelques heures passées aux côtés de mon idole ont été déterminantes dans ma vie. Après cette rencontre, Fanfreluche n’était plus une simple poupée que je pouvais regarder à la télé, mais une humaine investie du pouvoir de changer le cours de l’histoire, quand « ce qui arrivait n’était pas très juste ». Je me suis dit que si Fanfreluche pouvait réaliser ce tour de force, pourquoi pas moi ? J’ai donc traversé mon enfance et une grande partie de ma vie de jeune adulte avec cette idée que je pouvais changer le monde, et celle, inconsciente, que le bonheur était logé entre les deux oreilles. C’est malheureux que mes belles certitudes m’aient abandonnée sur le bord du chemin pendant quelques années, mais ça, c’est une autre histoire…

J’ai exploré d’autres domaines avant de me lancer dans des études universitaires en littérature : musique, théâtre, animation radiotélévision, dessin de mode, horticulture et psychologie. J’ai même songé à faire des études en droit.

Toute ma vie, j’ai vécu des déchirements relativement à cette sempiternelle question : mais qu’est-ce que je vais bien faire quand je vais être grande ? Encore aujourd’hui, je suis envahie de tristesse quand je songe au nombre incalculable de possibilités qui s’offrent à moi en regard de la durée de l’existence…

Puis, un jour, une petite lumière a jailli : pourquoi me restreindre ? Pourquoi ne pas vivre toutes les expériences dont je rêvai par l’intermédiaire de mes personnages ? Grâce à la fiction, je pouvais me tailler une vie sur mesure, à la hauteur de mes aspirations.

C’est ainsi que j’ai repris mes études universitaires depuis le début. Je me suis rendue jusqu’au doctorat, que j’espère bien terminer un jour.

Sans doute comprenez-vous mieux, maintenant, la réponse que je vous ai donnée d’emblée : j’écris parce que cette activité me procure tant de joie que je n’ai pas l’impression de travailler.

Quelles sont vos thématiques préférées ?
Les relations humaines et celle entre les hommes et la nature. La santé mentale, les inégalités sociales et les sévices que l’on fait subir aux femmes et aux enfants m’interpellent également. Enfin, la question du français au Québec me préoccupe au plus haut point.

Quel est l’objectif que vous tentez d’atteindre en travaillant un texte ?
J’espère en arriver à faire vivre des émotions au lecteur : le faire rire, le faire pleurer ou ébranler ses certitudes. Ultimement, je trouve beaucoup de valorisation à aider les gens – ou à croire que je les aide. J’aime qu’un lecteur me confie qu’il a trouvé du réconfort dans mes écrits ou qu’il y a puisé une source quelconque d’inspiration. C’est le plus beau compliment que l’on puisse me faire.

Avez-vous une obsession liée à l’écriture ?
Je voudrais que mes textes soient parfaits, tout en sachant que c’est une quête vaine. Cela ne m’empêche aucunement de les retoucher, tant que cela m’est permis de le faire, au grand dam de mes éditeurs. Je n’ai jamais publié quoi que ce soit que je ne retoucherais pas. Voilà pourquoi j’ai pris la décision de me tenir loin de mes écrits une fois qu’ils sortent de chez l’imprimeur !

Vous arrive-t-il de procrastiner alors que vous devriez plonger dans l’écriture ?
J’ai une hyperactive qui sommeille au fond de moi. Je n’arrête pas, pour ainsi dire. Pour moi, relaxer, c’est faire autre chose. Si l’inspiration n’est pas au rendez-vous, je la provoque en m’activant.

Quels sont les écrivains qui vous ont influencé(e), ou vous influencent encore beaucoup aujourd’hui ?
J’imagine que ceux qu’on aime nous influencent… Voici donc une liste non exhaustive de mes préférés : Zola, Balzac, Flaubert, Stendhal. Donna Tartt, Paul Auster, Raymond Carver. Réjean Ducharme, Michel Tremblay, René Lapierre. Joaquim Machado de Assis, Jorge Amado, Oswaldo França Junior. Nina Berberova. Maryse Condé. Kundera. Boris Vian. Enfin, j’aime beaucoup la littérature japonaise, que je commence à peine à découvrir.

Quel est le moteur de votre inspiration ?
Comme la plupart des créateurs, mon inspiration trouve sa source dans ce qui m’émeut : un livre, une musique, les paroles d’une chanson, un film, l’intensité du rose d’une variété de lys, l’odeur d’un plat qui mijote, le sourire d’un enfant, une scène dont je suis témoin, une histoire qu’on me raconte, mes enfants, les petites attentions de mon héros, un souvenir… tant de choses m’attendrissent ! Et, parmi elles, il y a la nature. Je peux passer des heures à errer dans mon jardin ou à le contempler par la fenêtre, tout en travaillant. C’est d’ailleurs la dernière chose que je fais avant de me lettre au lit : regarder dehors. Ce sont des moments de pur émerveillement et de bonheur très intense dont je ne me lasse pas. Une telle splendeur me fait prendre conscience de la force de la vie en même temps que de sa fragilité. Et, surtout, du temps qui est compté. Il me semble que plus on prend conscience de sa finitude, moins on laisse le malheur nous gruger.

Vous arrive-t-il de vous relire et de trouver cela mauvais ?
Très souvent ! C’est fou le temps que je mets à fignoler une phrase, à trouver le mot juste, à reprendre mon texte jusqu’à qu’il reflète le plus précisément possible ma pensée. Je tranche, je reprends, je peaufine, je rature, j’élimine, je rajoute, je déplace, je doute, je consulte, j’abandonne, je reviens. Et puis, comme par magie, le texte se met en place. Ce moment-là en est un de grâce, qui me fait oublier tout le reste.

Croyez-vous plus au talent ou à la technique ?
Je crois à la passion. C’est la passion qui nous pousse au dépassement, à donner et à se donner sans compter, et pas seulement en écriture.

Acceptez-vous que quelqu’un lise par-dessus votre épaule lorsque vous êtes en processus créatif ?
Sans dire que j’aime qu’on lise par-dessus mon épaule, je préfère de loin recevoir des avis de personnes choisies au fur et à mesure que l’histoire avance plutôt que d’écrire mon roman toute seule dans mon coin. Cela me permet d’évaluer la réception de mes textes et de les ajuster en conséquence : accentuer une blague, en éliminer une autre que je suis la seule à trouver drôle, expliquer davantage ou autrement une scène ou la jeter à la corbeille. Et Dieu merci, travailler ainsi est rendu tellement facile, aujourd’hui, grâce à l’Internet !

Acceptez-vous de retoucher votre texte à la demande d’un éditeur ?
Oui, si je juge que les suggestions proposées vont l’améliorer, l’amener plus loin, peut-être même là où je n’avais pas envisagé d’aller.

Une part de votre écriture est-elle autofictive ?
J’écris à partir de moi, de mes expériences, de mes valeurs, de mes intérêts, de mes aspirations, d’un lieu, d’une époque, etc. En ce sens, je suis partout dans mes textes. Mais, toujours, « je est un autre », pour reprendre Rimbaud.[3]

Planifiez-vous votre écriture ou si vous vous laissez porter par elle ?
Je dirais que c’est un mélange des deux. Je rédige d’abord un synopsis, que je découpe en séquences. Ce travail me permet de voir si mon histoire tient ou non la route. Ce qui compte, surtout, c’est de déterminer le début et la fin de l’histoire avant de commencer à l’écrire : cela évite d’écrire pour rien (écrire pour quelque chose est déjà assez fatigant, alors...) En parallèle, j’élabore une galerie de personnages, qui vont aider (ou nuire !) à la quête de mon héros. En général, j’effectue également beaucoup de recherche pour broder mes univers et les rendre crédibles.

Quelle est l’ambiance de travail dont vous avez besoin pour vous plonger dans l’écriture ?
Honnêtement, écrire me tue, ah ah ! Pour moi, nettoyer le jardin, tondre le gazon, faire le grand ménage, cuisiner pendant de longues heures, ce n’est rien comparé à rester vissée pendant cinq à sept heures devant un écran à s’user les yeux et les méninges. En somme, ce que j’aime de l’écriture, ce n’est pas d’écrire, mais ce qui résulte de cet exercice, à ce moment précis où il ne me reste qu’à polir les pépites ramassées en chemin. C’est comme le gymnase : je déteste m’entraîner. Et pour m’y rendre, je dois rester concentrée sur les sensations de bien-être qui m’envahiront une fois la séance terminée. Je sais que je vais me trouver belle et invincible, alors que je me trouvais moche soixante minutes plus tôt.

Nancy Huston et d’autres écrivaines ont comparé la création littéraire à la grossesse. Je trouve cette analogie assez juste. Comme l’écriture, la grossesse s’accompagne souvent de plusieurs désagréments : maux de cœur et d’estomac, gonflements, fatigue, troubles du sommeil, angoisses, attentes, sans parler des douleurs de l’accouchement. Mais une fois qu’on tient son bébé dans ses bras, on oublie tout, et on recommence. Écrire, c’est pareil. Pour rendre l’exercice le plus facilitant et le plus agréable possible, j’ai mis en place diverses stratégies. La première consiste à me garder en forme et à bien me nourrir. Cela m’aide à rester concentrée à la tâche : l’hyperactive en moi est très coriace. Côté environnement et ambiance, je suis choyée. La pièce où j’écris est munie de grandes fenêtres et d’un petit balcon qui donne sur le jardin. Il y a des livres, de la musique et des chandelles, quelques toiles réalisées par ma mère et des canapés confortables pour faire la lecture (mais je m’en sers surtout pour y déposer mes altères, ah ah ! )

Éprouvez-vous parfois des pannes d’inspiration ?
Mon principal problème n’est pas le manque d’inspiration, mais une difficulté à rester concentrée sur un projet et à le mener sans me laisser distraire pas les autres idées qui accaparent mon esprit. J’ai tendance à m’éparpiller.

Lorsque vous travaillez un texte, et que vous en faites relecture, après le premier jet, tranchez-vous généralement dans le texte, à cette étape du travail, ou si, au contraire, vous avez tendance à en rajouter pour préciser, mieux camper les atmosphères, etc. ?
Contrairement à plusieurs, je n’écris pas de premier jet. Pour moi, cette manière de faire constitue une perte de temps. J’y vais donc un chapitre à la fois, que je m’applique à écrire le plus parfaitement possible. Le lendemain, je commence toujours ma journée en relisant ce que j’ai écrit la veille. La plupart du temps, je tranche, je précise, je creuse, encore et encore. C’est ainsi que les chapitres de mon synopsis se modifient, en gardant toujours ma fin en tête. Si cette dernière se modifie bien un peu en cours d’écriture, il est rare qu’elle change suffisamment pour que je sois obligée de reprendre le manuscrit depuis le début.

Lorsque vous terminez l’écriture d’un manuscrit, êtes-vous déjà prêt à vous lancer dans l’écriture du prochain ?
J’alterne entre l’écriture pour la jeunesse et l’écriture non fictionnelle pour ne pas m’essouffler.

Quel est le point commun, selon vous, de tous vos écrits ?
Moi ! Ils sont écrits par moi, ah ah !

Quel est l’aspect qui vous semble le plus important à travailler dans un texte ?
Dans un texte, aucun aspect ne doit être privilégié au détriment des autres. Chaque scène, chaque dialogue, chaque réplique sert à faire avancer efficacement l’intrigue. D’une part, leur rôle est d’informer le lecteur sur les secrets, les valeurs, les intentions, les motivations, etc. des protagonistes. D’autre part, les indices semés ici et là à travers le récit ont pour fonction de permettre au lecteur d’appréhender le dénouement. La longueur des phrases et la ponctuation ont également un rôle très important à jouer, car elles permettent au lecteur d’entendre la musicalité du texte.

Écrivez-vous dans la douleur ou dans la joie ?
À mes débuts, j’écrivais dans la douleur. Je carburais littéralement au désespoir quand j’ai écrit Écris-moi en bleu. Il s’avère que créer dans de tels contextes a des impacts sur la santé, physique et mentale. On ne peut pas être dépressive de huit heures à quatre heures et servir la collation à ses enfants avec le sourire quand ils rentrent de l’école et être attentive à eux jusqu’à ce qu’ils se mettent au lit. Moi, j’étais une mère. Avant tout, j’étais une mère. L’écriture, qui était censée être salvatrice, me détruisait. Après Écris-moi en bleu, j’ai laissé tomber l’écriture romanesque et me suis jetée dans l’écriture scénaristique, qui est un genre vis-à-vis duquel je trouve plus facile de prendre mes distances. C’est de cette manière que j’ai appris à ne plus me laisser engloutir par les exigences du travail de création. Margaret Atwood et Nancy Houston m’ont beaucoup inspirée en ce sens. Ces deux écrivaines ont jeté un éclairage nouveau, plus maternel, je dirais, sur la conception jusqu’alors assez masculine de la genèse des œuvres littéraires. Toutes deux ont prouvé qu’il était possible d’écrire dans la sérénité et de mener une vie riche entourée d’un mari et d’enfants. C’est ainsi qu’aujourd’hui, j’écris dans la joie. Et que même si je trouve encore certains aspects de la création exigeants, c’est dans la plénitude, le bonheur et la sérénité que j’accomplis ce travail – et que je m’accomplis, par le fait même…

Êtes-vous sensible à la critique que l’on fait de vos écrits ?
Bien sûr. À cet égard, j’ai appris à tempérer mes émotions. Je ne m’emporte plus de joie devant une bonne critique, pas plus que je ne m’effondre devant une moins bonne. Mon bonheur, je le puise dans les lettres que m’envoient mes lecteurs, dans lesquelles ils me confient à quel point ils ont été émus par certains passages que j’ai écrits. Mon bonheur, je le trouve aussi dans le regard rempli d’étincelles d’une petite fille qui se plante devant mon kiosque au Salon du livre, impatiente que je lui dédicace le plus récent tome de ma série Petaluda. C’est pour eux et pour ça que j’écris. Pas pour la critique.

Y a-t-il des manuscrits qui dorment dans vos tiroirs ? Pourquoi les y laissez-vous ?
Oui, il y en a plusieurs. Certains ne sont pas achevés, parce que le sujet me touche encore trop. Je ne les terminerai peut-être jamais. Pour les autres, soit je ne les ai pas encore présentés, parce que je juge que le moment n’est pas venu [et que le moment ne viendra peut-être jamais], soit ils mettent plus de temps à trouver leur éditeur. C’est ainsi, et je ne m’en offusque plus.

Complétez à votre guise l’énoncé suivant :
« Écrire, c’est aimer. » Je l’ai déjà dit, dans Écris-moi en bleu, et ça n’a pas changé !

À quoi reconnaît-on, selon vous, un grand écrivain ?
Je l’ai aperçue dans la rue, l’autre jour. Elle faisait à peine 5’2… J

Lorsque vous êtes en processus d’écriture, lisez-vous d’autres auteurs sur le sujet qui vous préoccupe ? Toujours, et le plus possible. Les grands compositeurs, comme Bach, ont recopié les œuvres de leurs prédécesseurs pendant des années pour perfectionner leur art. Une fois la notoriété atteinte, ils ont continué d’étudier les compositions de leurs pairs pour les dépasser. Je trouve cette manière d’aborder le travail d’écriture inspirante.

Merci Sophie-Luce pour cette entrevue !

Site Internet de l'auteure: www.sophieluce.com
Sa page Facebook : Sophie-Luce Morin, auteure



[1] Titre d’une chanson de Zachary Richard
[2] https://www.youtube.com/watch?v=-25uR2sm5ts
[3] Arthur Rimbaud [1854-1891], dans une lettre à Paul Demeny du 15 mai 1871, dans laquelle il s’exclame « je est un autre ».

samedi 1 novembre 2014

Entrevue avec Alain Cliche

Alain Cliche (Crédit photo: Ilki Skygrass)

« Il est important de faire lire ses textes pour avoir un feedback. Lorsqu’on travaille seul durant des mois, on manque de recul et on est incapable de porter un regard critique sur ce que l’on fait.» ― Alain Cliche

La grande question : pourquoi écrivez-vous?
Je crois que la plupart des artistes ressentent le besoin de vivre en marge de la société pour créer quelque chose qui leur ressemble. L’écriture me procure cet univers intérieur où je peux m’exprimer et vivre les choses tel que je l’entends.

Quelles sont vos thématiques préférées?
Mon univers est imprégné de contre-culture post-punk et de musique.

Quel est l’objectif que vous tentez d’atteindre en travaillant un texte?
Que ce soit le plus vivant possible. Rien à foutre des phrases élégantes mais mortes. L’art doit évoquer, pas être beau ou esthétique. S’il faut que j’écrive mal pour arriver à faire ressentir ce que j’ai en-dedans, eh bien j’écris mal.

Quels sont les écrivains qui vous ont influencé(e), ou vous influencent encore beaucoup aujourd’hui?
Le premier qui m’a renversé est Charles Bukowski. Beaucoup sont rebutés par son machisme et sa vulgarité qui les empêchent de voir le diamant qui se cache sous la fange. J’ai été subjugué par son économie de moyens et par sa capacité à générer des images fortes avec peu ou pas de description. Bukowski a une façon d’agencer les mots qui leur donnent une puissance évocatrice que je n’avais jamais vue avant. Ensuite j’ai découvert John Fante que Bukowski a toujours considéré comme le meilleur écrivain. Fante est sans contredit le maitre du ressenti. Son écriture intuitive est imprévisible et ses dialogues transmettent avec acuité violence, désarroi et autres états d’âme. Fante est un véritable scénariste de l’émotion en ce sens qu’il met tout en place pour qu’on puisse ressentir au lieu de bêtement énoncer les trucs comme tant d’autres auteurs médiocres. À mon avis, c’est l’un des écrivains les plus sous-estimés du 20e siècle. J’ai découvert Jack Kerouac par accident, à la suite d’une altercation avec un éditeur qui avait sévèrement critiqué un de mes manuscrits. Il comparait ma démarche avec celle de Kerouac. Sur ce point il avait raison. Kerouac possède un rythme extraordinaire et son œuvre est cruciale car c’est le point de départ de la contre-culture nord-américaine. Cette découverte fut vitale, ne serait-ce que pour mieux comprendre ma propre démarche.

Vous arrive-t-il de vous relire et de trouver cela mauvais?
Oui ça m’arrive. Ça fait partie de la game. Mais ce qu’on trouve mauvais peut s’avérer excellent avec un peu voire beaucoup de travail. En 2012, j’ai failli abandonner le manuscrit sur lequel je bossais depuis 3 ans. Mon lecteur m’a encouragé à persévérer et j’ai passé deux autres années à le réécrire. Résultat ? C’est de loin ce que j’ai produit de meilleur.

Acceptez-vous que quelqu’un lise par-dessus votre épaule lorsque vous êtes en processus créatif?
Pas durant le processus créatif. La proximité a tendance à m’inhiber et c’est pour ça que je vis seul. Mais il est important de faire lire ses textes pour avoir un feedback. Lorsqu’on travaille seul durant des mois, on manque de recul et on est incapable de porter un regard critique sur ce que l’on fait. Un bon lecteur n’a pas de prix et il ne faut pas hésiter à consulter un(e) professionnel(le).

Vous arrive-t-il de vous autocensurer?
Le courant politically correct qui a infecté les différentes sphères de la société —incluant l’art— est un danger pour les auteurs. Dès que je détecte toute soumission à cette rectitude morale, je décroche. Je crois qu’il est essentiel de pouvoir écrire bander et fourrer lorsque ça doit l’être. Pas pour faire grossier mais parce que ça exprime une réalité qui correspond à un certain niveau de langage. Il est de plus en plus difficile de résister à ce courant de rectitude et je me fais un point d’honneur de ne jamais me censurer, du moins pas consciemment. C’est sûr que l’inconscient filtre tout ce qu’on laisse aller sur papier d’où l’intérêt de l’écriture automatique ; pour laisser filtrer ces zones d’ombre qu’on essaie de cacher. C’est un des problèmes liés à l’autofiction. Il est très difficile de ne pas se censurer.

Planifiez-vous votre écriture ou si vous vous laissez porter par elle?
J’ai toujours une idée générale de ce que je veux aborder mais pas de structure rigide. Je ne crois pas aux histoires qui sont à mon avis trop souvent prévisibles. Comme lecteur, ça m’arrive de laisser tomber un livre lorsque je me sens mené en bateau. Je déteste cette sensation. Comme écrivain, j’essaie de me laisser emporter dans des contrées auxquelles je n’ai pas pensé. Ce que j’aime, c’est être surpris par ce que j’écris.

Quelle est l’ambiance de travail dont vous avez besoin pour vous plonger dans l’écriture?
Généralement, j’ai besoin de calme. Mais il m’arrive le soir de noircir des pages entières en écoutant de la musique à tue-tête. C’est ce que j’ai fait durant les 8 mois qu’a duré l’écriture de l’épilogue de mon 1er livre —Accro vinyle— où j’ai tenté de me vider le cœur. La musique occupe une part cruciale dans mes livres et j’ai souvent besoin de me mettre au diapason. J’aime écrire la nuit quand je raconte quelque chose qui se passe la nuit et vice versa pour le jour.

Avez-vous un lieu ou un rituel d’écriture en particulier?
Je travaille la plupart du temps à mon bureau mais je passe aussi des semaines à écrire à l’extérieur du pays. J’adore l’énergie des É-U. Y a une sorte d’urgence dans l’air que je trouve très inspirante. Certains des meilleurs passages de mes livres ont été écrits sur le bord d’une piscine en Floride. La distance aide à sortir des trucs qu’on n’ose pas écrire quand on est à la maison. J’écris tous les jours à raison de 3-5 heures/jour. Sauf lorsque je suis entre deux projets ou que je ne suis pas en état d’écrire. Quand ça m’arrive, inutile d’insister. Par expérience, je sais que le lendemain je vais défaire tout ce que j’ai fait la veille.

Faites-vous usage d’ouvrages de référence lorsque vous travaillez vos textes, si oui quels sont-ils et pourquoi les préférez-vous aux autres?
Je vérifie souvent certains trucs sur Wikipedia comme l’orthographe des noms de groupe de musique ou les années de parution des disques. J’utilise aussi Google Earth pour refaire des trajets effectués à Montréal, New York ou Paris… pour mieux me souvenir de ce à quoi ça ressemblait. Je traque tous les détails qui peuvent m’aider à dresser un portrait le plus fidèle possible de l’univers que j’essaie de recréer. Je fais constamment de la recherche. C’est sans doute dû à mon background de documentariste.

Lorsque vous terminez l’écriture d’un manuscrit, êtes-vous déjà prêt à vous lancer dans l’écriture du prochain?
Après mon premier livre, j’ai repris presque tout de suite. Mais lorsque j’ai terminé mon 3e, l’hiver dernier, j’étais vidé. Fallait que j’en finisse et j’ai travaillé jusqu’à 10 heures par jour pour y arriver. Même si j’ai une bonne idée du livre suivant —j’ai déjà quelques chapitres d’écrits— je ne me sens pas prêt à m’embarquer dans une autre « noyade littéraire ». Je procrastine en écrivant des articles pour mon blogue, pour celui d’un pote et des chroniques. Avant de replonger, je dois trouver la façon d’aborder la suite car pour la première fois, je vais m’éloigner de la contre-culture et je me sens un perdu. Pour l’instant, j’ai besoin de recharger les batteries et me ressourcer. Alors je fais des sauts à New York. Si l’inspiration ne revient pas, je vais peut-être devoir aller plus loin. Après mon second livre, en 2009, je suis allé me perdre à Istanbul. Ce voyage n’a pas été de tout repos mais il m’a permis de faire le vide.

Quel est le point commun, selon vous, de tous vos écrits?
Mon œuvre témoigne du combat contre l’aliénation. Kerouac disait que chacun de ses livres était un morceau de la même histoire. C’est un peu la même chose avec moi. Chaque livre est une pièce d’un étrange puzzle qui est en fait une longue quête initiatique.

Quel est l’aspect qui vous semble le plus important à travailler dans un texte?
Le style. Il aura fallu 3 livres pour que je comprenne enfin ce que c’est. J’ai d’ailleurs été sévèrement critiqué sur ce point lors de mes deux premiers livres.

Êtes-vous sensible à la critique que l’on fait de vos écrits?
Après m’être fait descendre sur 3 colonnes dans La Presse lors de la sortie de mon second livre, je croyais être immunisé. Mais lorsque l’éditeur mentionné plus tôt m’a sévèrement critiqué, j’ai été incapable de l’accepter et j’ai tiré sur le messager comme on dit. Ça n’a pas été une bonne décision car j’ai perdu un ami. Six mois plus tard, mon lecteur m’a fait une critique encore plus dure, mais lui a d’abord pris le temps de souligner les points positifs et ça m’a mis en confiance. Sa critique allait plus loin mais je l’ai acceptée. Bien sûr, j’ai été incapable de la digérer sur le coup ; j’ai dû arrêter d’écrire et me remettre en question. Ça été douloureux mais bénéfique.

Merci Alain pour cette entrevue!

Le blogue de l’auteur: http://alaincliche.wordpress.com/

Son site web : http://alaincliche.weebly.com/

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