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jeudi 15 janvier 2015

Entrevue avec Matthieu Simard


« Je n’ai aucune idée comment j’ai fait pour écrire tout ce que j’ai écrit. Chaque fois, c’est un combat qui recommence, ces jeux sur mon téléphone ont besoin de moi, et cet Internet ne se lira pas tout seul.» ― Matthieu Simard

Né en 1974, Matthieu Simard est l'auteur des romans à succès Échecs amoureux et autres niaiseries et Ça sent la coupe. Après un détour remarqué vers la littérature jeunesse (Pavel), il revient en force avec La tendresse attendra, un roman de peine d'amour et de plomberie. (Source: La librairie Gallimard de Montréal)

La grande question : pourquoi écrivez-vous?
Petite réponse : pour le fun. Quand j’étais jeune, l’écriture était un besoin viscéral. Avec les années, les publications, les angoisses qui viennent avec le lectorat, c’est devenu une habitude, moins nécessaire, mais toujours aussi présente. Et puis écrire, ça me fait du bien, tout simplement.

À quel moment avez-vous commencé à écrire, et pour quelles raisons avez-vous commencé à le faire?
J’écris avec passion depuis l’adolescence. À ce moment-là, c’était de petites pensées dans mes agendas du secondaire, des chroniques dans les journaux étudiants, des histoires sur des feuilles mobiles. Et j’ai toujours su que j’écrirais des romans, que ce serait mon métier, mais j’ai aussi su pendant des années que je n’y étais pas prêt. À vingt-cinq ans, grosse peine d’amour, l’écriture comme seule issue, j’étais rendu. En novembre 1999, j’ai commencé à écrire en sachant que ce que j’écrivais, je ne l’écrivais plus juste pour moi, que ça deviendrait plus grand que mes petites histoires sur des feuilles mobiles. À ce moment-là, je n’avais pas le choix d’y croire, alors j’y ai cru.

Vous arrive-t-il de procrastiner alors que vous devriez plonger dans l’écriture?
Toujours. Je n’ai aucune idée comment j’ai fait pour écrire tout ce que j’ai écrit. Chaque fois, c’est un combat qui recommence, ces jeux sur mon téléphone ont besoin de moi, et cet Internet ne se lira pas tout seul. (Cela dit, j’accepte que c’est comme ça que je fonctionne. Je ne le vois plus comme un frein, juste comme un passage obligé.)

Que pensez-vous de la liberté de l’écrivain?
Que trop d’auteurs ont tendance à l’oublier.

Croyez-vous plus au talent ou à la technique?
Au talent. La technique, ça s’apprend, ça se développe, ça se perfectionne. Sans talent, la technique ne sert à rien.

Acceptez-vous de retoucher votre texte à la demande d’un éditeur?
Bien sûr. C’est primordial. La plupart des directeurs littéraires avec qui j’ai travaillé étaient très doués pour mettre leur doigt sur le bobo, mais très peu doués pour trouver la solution. Et c’est très bien ainsi. Je crois que le rôle de l’auteur dans le travail de réécriture, c’est de comprendre ce qui cloche quand un directeur littéraire suggère un changement, puis de trouver en soi la meilleure solution. Quand je travaillais avec des graphistes, dans une autre vie, on répétait souvent, quand un client trouvait qu’on était trop pointilleux, que monsieur-madame-tout-le-monde serait incapable de dire que deux lignes sont un pixel off, mais qu’il trouverait que c’est pas super beau. C’est la même chose avec le travail sur un texte : si un directeur littéraire trébuche quelque part, on n’est pas obligé d’écouter sa suggestion, mais on doit trouver ce qui l’a dérangé.

Une part de votre écriture est-elle autofictive?
Une large part, oui. Je le vois comme un jeu avec le lecteur, et j’ai tendance, de roman en roman, à en rajouter des couches, juste pour le plaisir.

Quelle est l’ambiance de travail dont vous avez besoin pour vous plonger dans l’écriture?
Avant d’avoir des enfants, j’avais besoin de temps, de beaucoup de temps avant de pouvoir me mettre au travail. Je pouvais m’installer devant l’ordinateur à 22 heures, et ne commencer à écrire qu’à 6 heures du matin. Avec les enfants, c’est pas mal plus difficile, alors j’essaie depuis quelques années de trouver des trucs pour accélérer mon démarrage... Red Bull, musique, café, bon coup de pied dans le derrière. Pour être honnête, ça ne fonctionne pas du tout. J’écris moins, c’est tout.

Éprouvez-vous parfois des pannes d’inspiration?
D’inspiration, non, mais de motivation, oui. En fait, les moments où j’ai le plus de misère à écrire sont ceux où je suis le plus inspiré. Trop de nouvelles idées dans ma petite tête, ça donne trop de nouveaux projets à lancer. Et trop de nouveaux projets, ça coupe l’enthousiasme quant aux projets en cours.

Lorsque vous terminez l’écriture d’un manuscrit, êtes-vous déjà prêt à vous lancer dans l’écriture du prochain?
J’ai la chance d’avoir deux métiers liés à l’écriture : écrivain et scénariste. Quand j’écris un roman, je m’ennuie de la scénarisation, et quand j’écris un scénario, je m’ennuie de l’écriture de romans. Ça rend le passage d’un projet à l’autre très facile.

Écrivez-vous dans la douleur ou dans la joie?
C’est pas la même chose? Ça fait du bien, avoir mal.

Êtes-vous sensible à la critique que l’on fait de vos écrits?
Beaucoup trop. Et c’est aussi vrai pour le positif que le négatif. Les bons commentaires provoquent autant de questionnements chez moi que les mauvais; je veux comprendre pourquoi les gens aiment tel ou tel aspect de ce que je fais, et pourquoi ils n’aiment pas ce qu’ils n’aiment pas. C’est obsédant.

Complétez à votre guise l’énoncé suivant : « Écrire c’est… »
... chouette.

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