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dimanche 15 février 2015

Entrevue avec Martine Delvaux

Martine Delvaux (Crédit photo Patrick Harrop)
« Je ne sais, au fond, qu’écrire sur ce qui m’est proche, intime. Je dis souvent que je n’ai pas d’imagination et que mon seul matériel, c’est (malheureusement!) moi.» — Martine Delvaux


Martine Delvaux est écrivaine et professeure au Département d’Études littéraires de l’UQAM. Elle a publié des romans: C’est quand le bonheur? (Héliotrope, 2007), Rose amer (Héliotrope, 2009) et Les Cascadeurs de l’amour n’ont pas droit au doublage (Héliotrope, 2012), ainsi que des essais, dont les plus récents: Les filles en série. Des barbies aux Pussy Riot (Éditions du remue-ménage, 2013) et Nan Goldin. Guerrière et gorgone (Héliotrope, 2014).

La grande question : pourquoi écrivez-vous?
Parce que je ne peux pas faire autrement, c’est plus fort que moi. Je vis les choses comme des choses à écrire, des projets d’écriture. Comme si écrire était la seule façon d’aborder le monde.

Quelles sont vos thématiques préférées?
Je ne sais, au fond, qu’écrire sur ce qui m’est proche, intime. Je dis souvent que je n’ai pas d’imagination et que mon seul matériel, c’est (malheureusement!) moi.

Quels sont les écrivains qui vous ont influencé(e), ou vous influencent encore aujourd’hui?
Marguerite Duras, Christine Angot, Hervé Guibert… ce sont des voix, des regards qui m’inspirent. Des engagements, aussi, esthétiques et politiques. Des points de vue, des prises de positions, des rythmes, des pulsations.

Que pensez-vous de la liberté de l’écrivain?
Je ne sais pas si on est libre, jamais, en tant qu’individu. Je ne le crois pas, pas vraiment. Mais peut-être qu’écrire a à voir avec tenter (un peu vainement) de se bricoler un espace de liberté.

Quel est le moteur de votre inspiration?
Je ne sais pas si je crois à l’inspiration mais je sais qu’il y a des flashs, des éclairs, comme si je me disais à un moment donné: voilà, ça, c’est une piste. Après, à partir de cet éclair, il faut s’y consacrer, travailler.

Vous arrive-t-il de vous relire et de trouver cela mauvais?
Tout le temps! Et surtout, ce qui chaque fois me surprend: une fois le livre publié, j’oublie que je l’ai écrit. Je le relis comme s’il était de quelqu’un d’autre.

Acceptez-vous que quelqu’un lise par-dessus votre épaule lorsque vous êtes en processus créatif?
Non, absolument pas. Je ne livre rien avant d’avoir un jet complet, lisible, et sentir le besoin d’être lu. Le seul lieu où je suis un peu superstitieuse, c’est celui-là. Ne rien dévoiler, ne rien montrer de peur que ça ne s’envole!

Quel est ce qui vous pose le plus de difficulté au moment de l’écriture?
Avoir confiance que c’est le bon projet. Et puis, trouver la voix. Je ne sais pas comment l’expliquer, mais ça a à voir avec la musique de la phrase, puis du texte. Sentir que c’est le bon ton, que je m’adresse de la bonne façon.

Vous arrive-t-il de vous autocensurer?
Oui, pour protéger, pour ne pas blesser les gens proches de moi.

Une part de votre écriture est-elle autofictive?
Oui, absolument! En fait, toute mon écriture!

Planifiez-vous votre écriture ou si vous vous laissez porter par elle?
Je ne planifie pas vraiment, mais j’ai une sorte de ligne directrice, parfois vague, parfois plus précise. Mais c’est tout. J’ai un fil rouge qui guide l’écriture. Mais après, c’est l’écriture qui décide. Je pense en écrivant, je trouve en écrivant.

Éprouvez-vous parfois des pannes d’inspiration?
Je n’appellerais pas ça des pannes d’inspiration. Je dirais que parfois, des textes sont plus difficiles à trouver que d’autres. Et que donc je bute. Je me relis beaucoup. Je cherche longtemps. J’essaye plusieurs choses. Ça peut être décourageant, mais je sais que c’est nécessaire.

Lorsque vous terminez l’écriture d’un manuscrit, êtes-vous déjà prêt à vous lancer dans l’écriture du prochain?
Souvent, je termine un manuscrit au moment où un autre projet se pointe à mon esprit. C’est un signe que j’en ai bientôt fini avec le texte en question.

Écrivez-vous dans la douleur ou dans la joie?
Dans la joie, l’adrénaline. Même quand c’est souffrant.

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