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dimanche 1 décembre 2013

Entrevue avec Martin Michaud

«Écrire, c’est être condamné à passer des milliers d’heures assis seul devant un ordinateur à dialoguer avec soi-même.» — Martin Michaud

La grande question : pourquoi écrivez-vous?
Parce que je ne peux pas faire autrement.

À quel moment avez-vous commencé à écrire, et pour quelles raisons avez-vous commencé à le faire?
J’ai vécu un grand coup de foudre au CÉGEP. Mais ça s’est plutôt mal passé, car j’ai attrapé une maladie. Du genre de celles qu’on attrape sous les couvertures… En l’occurrence, c’était sous la couverture d’un recueil de poésie de Charles Baudelaire… Cette maladie transmise textuellement m’a donné l’envie irrépressible d’écrire. Tout naturellement, j’ai commencé par de la poésie. De là, je suis passé aux paroles de chansons, que j’interprétais avec mon band, m-jeanne. Puis, vers l’âge de vingt-cinq ans, j’ai commencé à écrire un premier roman.

Avez-vous une obsession liée à l’écriture?
Je crois que si je n’étais pas en train d’écrire cette phrase, je deviendrais fou.
Je crois que si je n’étais pas en train d’écrire cette phrase, je deviendrais fou.
Je crois que si je n’étais pas en train...

Vous arrive-t-il de procrastiner alors que vous devriez plonger dans l’écriture?
Jamais ! (Je mens, bien sûr).

Quels sont les écrivains qui vous ont influencé(e), ou vous influencent encore beaucoup aujourd’hui?
Paul Auster. Romain Gary. Henri Vernes. George Simenon. Jean-Paul Dubois. Virgil Georghiou.

Que pensez-vous de la liberté de l’écrivain?
Quelle liberté ? Écrire, c’est être condamné à passer des milliers d’heures assis seul devant un ordinateur à dialoguer avec soi-même. Si vous avez un quelconque intérêt pour une autre carrière, n’hésitez pas, allez-y ! Ne devenez écrivain que si vous ne pouvez faire autrement.

Vous arrive-t-il de vous relire et de trouver cela mauvais?
J’oscille toujours entre l’euphorie et le désespoir. S’il ne vous arrive jamais d’être profondément convaincu que vous êtes le pire écrivain de la terre, changez de métier, vous n’arriverez à rien.

Croyez-vous plus au talent ou à la technique?
Ni l’un ni l’autre. Je crois au travail acharné, à la persévérance, au renoncement, à l’entêtement et au café.

Avez-vous eu de la difficulté à trouver un éditeur pour votre tout premier ouvrage? et pour les ouvrages subséquents?
J’ai écrit deux romans sur une période de quinze ans avant d’être publié. Un premier, tellement mauvais qu’il n’est jamais sorti de mes tiroirs. Le deuxième a été refusé par toutes les maisons d’édition de l’Univers ! Puis, au moment où seule ma mère et mon chien croyaient en ma capacité de devenir écrivain, j’ai retrouvé un fichier dans mon ordinateur. Un an plus tôt, j’avais jeté quelques notes concernant un projet d’une série de romans policiers qui mettrait en vedette un enquêteur du SPVM. Le personnage principal s’appelait Victor Lessard... À partir de là, tout s’est enchaîné : Il ne faut pas parler dans l’ascenseur a été publié en 2010, La chorale du diable en 2011, Je me souviens en 2012 et, un premier roman hors série, Sous la surface en 2013…

Acceptez-vous que quelqu’un lise par-dessus votre épaule lorsque vous êtes en processus créatif?
J’ai déjà tué pour moins que ça !

Quel est ce qui vous pose le plus de difficulté au moment de l’écriture?
Rester assis sur ma chaise pendant plus de 12 heures.

Acceptez-vous de retoucher votre texte à la demande d’un éditeur?
Il faut avoir zéro égo pour toute suggestion qui permet d’améliorer le produit final et mettre les heures requises pour les incorporer. Méfiez-vous d’un directeur littéraire qui ne vous ferait pas de propositions pour améliorer votre texte.

Vous arrive-t-il de vous autocensurer?
Écrire des romans policiers c’est accepter de privilégier à la base une écriture efficace. Il m’arrive parfois de me regarder écrire et de produire de superbes paragraphes qui ne font toutefois pas avancer l’intrigue. Delete, delete, delete !

Planifiez-vous votre écriture ou si vous vous laissez porter par elle?
Je scénarise chacun de mes romans comme un film ou une série télé. Chaque scène qui se retrouve dans le roman figure dans le plan. Rien n’est laissé au hasard. Je ne commence jamais à écrire avant de connaître toutes les scènes et de les voir en images dans ma tête. Pour Je me souviens, un roman de 650 pages, j’avais au départ un plan de 120 pages.

Quelle est l’ambiance de travail dont vous avez besoin pour vous plonger dans l’écriture?
J’écris toujours en écoutant de la musique avec des écouteurs (modèle Audio-Technica ATH-M50). Je peux faire jouer la même chanson en boucle pendant des heures. Imagine Dragons, Audioslave (Like a Stone), The Besnard Lakes, Of Monsters and Men, Lou Doillon (Devil or Angel), Hôtel Morphée (C’est mieux comme ça), Glen Hansard (You Will Become), Alt-J, Metric, Under Byen, Coco Rosie (Raphael), Mogwai (Auto Rock), The Like (Don’t Make a Sound), Jeff Buckley (Vancouver), Frank Black (Los Angeles) et Pawa Up First (l’immense album Missing Time) comptent parmi les artistes que j’ai le plus écouté pendant l’écriture de mon dernier roman, Sous la surface. Pour le roman que j’ai en chantier présentement, j’écoute en boucle Tennis Court de Lorde depuis déjà plusieurs heures.

Avez-vous un lieu ou un rituel d’écriture en particulier?
J’écris généralement de mon bureau, à la maison, mais je me rends dans le plus total anonymat quelques fois par semaine au Second Cup de la rue Monkland. Le patron du café me demande souvent comment vont mes études, les examens, etc. J’ai l’impression qu’il me prend pour un de ces éternels étudiants au post-post-post-doctorat.

Lorsque vous travaillez un texte, et que vous en faites relecture, après le premier jet, tranchez-vous généralement dans le texte, à cette étape du travail, ou si, au contraire, vous avez tendance à en rajouter pour préciser, mieux camper les atmosphères etc.?
Je ne relis jamais avant d’avoir une première version complète du roman. Après, j’épure ce que j’ai écrit et j’ajoute les scènes ou les liens qui manquent. Et j’épure, j’épure, j’épure. Less is more.

Lorsque vous terminez l’écriture d’un manuscrit, êtes-vous déjà prêt à vous lancer dans l’écriture du prochain?
Les premières semaines après la sortie d’un roman, il y a toutes sortes d’obligations de promo, remise à jour de site Web, etc. Ces quelques semaines me permettent de faire le deuil du projet que je viens de terminer. Après, je suis prêt à enchaîner avec la scénarisation/écriture de mon prochain roman.

Êtes-vous sensible à la critique que l’on fait de vos écrits?
Ceux qui disent ne pas l’être mentent.

À quoi reconnaît-on, selon vous, un grand écrivain?
Il faut au minimum chausser des espadrilles de pointure 12.

Merci pour cette entrevue, Martin!

Pour en connaitre un peu plus sur l’auteur : www.michaudmartin.com

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