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mardi 1 octobre 2013

Entrevue avec Stanley Péan

Stanley Péan (Crédits photo: Radio-Canada Espace musique)
« L’écriture est pour moi une passion, quasiment au sens où on l’entend quand on parle de la passion du Christ. Heureusement pour moi, cependant, on ne m’a toujours pas crucifié.» — Stanley Péan

La grande question : pourquoi écrivez-vous?
J’écris parce que je ne peux faire autrement. Parce que le monde dans lequel nous vivons tour à tour m’émeut et m’exaspère, me réjouit et m’enrage, me comble et me fruste… et que je me sens une obligation de témoigner de ses grandeurs et de ses bassesses. J’écris pour raconter nos histoires, la mienne, celle des autres (même ceux que je ne connais même pas). J’écris pour dire non au Mal et à la Mort.

À quel moment avez-vous commencé à écrire, et pour quelles raisons avez-vous commencé à le faire?
J’ai eu l’ambition de devenir écrivain à quatorze ans, après la lecture de L’Étranger de Camus, un écrivain qui est demeuré pour moi une sorte de mentor, une figure tutélaire, un phare.

Quelles sont vos thématiques préférées?
Mes thématiques de prédilection demeurent essentiellement les mêmes depuis mes débuts : à savoir, le poids de l’Histoire (collective et individuelle) sur nos vies, l’héritage et le métissage culturels, l’injustice et la violence dont sont victimes les faibles et les démunis.

Quel est l’objectif que vous tentez d’atteindre en travaillant un texte?
Raconter une bonne histoire d’abord et avant tout, captiver suffisamment le lecteur pour qu’il ait le goût de se rendre jusqu’au dénouement… Et, dans le meilleur des cas, provoquer sa réflexion tout autant que la mienne. Un petit peu, en tout cas.

À quoi correspond, selon vous, le rôle social de l’écrivain?
En tant qu’artiste, en tant qu’intellectuel, l’écrivain est un témoin de son époque, qui s’exprime à travers des œuvres qui interpellent ses concitoyens. Il n’est ni prophète ni démiurge, Il est simplement un être humain qui dialogue avec ses semblables sur les paradoxes du cœur et de l’esprit, sur la marche inexorable du Destin, de l’Histoire.

Vous arrive-t-il de procrastiner alors que vous devriez plonger dans l’écriture?
Trop souvent. Je suis un as de la procrastination. Un virtuose.

Quels sont les écrivains qui vous ont influencé(e), ou vous influencent encore beaucoup aujourd’hui?
Outre Camus, il me faudrait nommer en vrac Franz Kafka, Harlan Ellison, Jacques Stephen Alexis, Anne Hébert, Edgar Allan Poe, Jorge Luis Borges, Jacques Ferron, Émile Ollivier, Toni Morrison, Richard Matheson, Charles Beaumont, Ray Bradbury, Marie Chauvet, et beaucoup trop d’autres…

Quel est le moteur de votre inspiration?
Ma vie. Et celle de mes semblables.

Vous arrive-t-il de vous relire et de trouver cela mauvais?
Trop souvent, hélas. Je suis mon critique le plus sévère.

Croyez-vous plus au talent ou à la technique?
Je crois que l’un ne peut se passer de l’autre.

Acceptez-vous que quelqu’un lise par-dessus votre épaule lorsque vous êtes en processus créatif?
Non. L’écriture est pour moi une activité privée. Quasi obscène.

Quel est ce qui vous pose le plus de difficulté au moment de l’écriture?
Me soustraire au quotidien pour m’y plonger corps et âme, comme on plonge dans une histoire d’amour.

Acceptez-vous de retoucher votre texte à la demande d’un éditeur?
Volontiers, à condition que la demande serve à améliorer le texte.

Vous arrive-t-il de vous autocensurer?
Non. L’autocensure est le contraire de la création.

Une part de votre écriture est-elle autofictive?
Forcément. Même si je ne raconte pas ma vie dans mes bouquins, ce sont toujours mon regard, mon histoire personnelle et mon émotion qui orientent l’écriture.

Y a-t-il des sujets ou des thèmes que vous évitez d’aborder dans votre pratique?
Non.

Planifiez-vous votre écriture ou si vous vous laissez porter par elle?
Un peu des deux.

Quelle est l’ambiance de travail dont vous avez besoin pour vous plonger dans l’écriture?
La quiétude. Et la solitude.

Éprouvez-vous parfois des pannes d’inspiration?
Trop souvent, sans doute. Dans ce temps-là, rien à faire. Il faut accepter de prendre une pause, pour revenir à l’écriture ultérieurement,

Lorsque vous travaillez un texte, et que vous en faites relecture, après le premier jet, tranchez-vous généralement dans le texte, à cette étape du travail, ou si, au contraire, vous avez tendance à en rajouter pour préciser, mieux camper les atmosphères etc.?
L’un et l’autre, cela dépend. Il n’y a pas de règle.

Lorsque vous terminez l’écriture d’un manuscrit, êtes-vous déjà prêt à vous lancer dans l’écriture du prochain?
Pas toujours.

Quel est le point commun, selon vous, de tous vos écrits?
Mon style, ma voix. Et mes préoccupations.

Quel est l’aspect qui vous semble le plus important à travailler dans un texte?

Le style.

Écrivez-vous dans la douleur ou dans la joie?
Dans la douleur, hélas. L’écriture est pour moi une passion, quasiment au sens où on l’entend quand on parle de la passion du Christ. Heureusement pour moi, cependant, on ne m’a toujours pas crucifié.

Êtes-vous sensible à la critique que l’on fait de vos écrits?
Comme tout le monde, je suppose. Tout artiste est sensible à la réception de son œuvre, quoi qu’ils en disent pour épater la galerie. Il faut accepter les fleurs comme les tomates, sans faire une maladie des unes ou des autres.

Que pensez-vous de vos premiers ouvrages publiés?
Qu’ils portent la griffe d’un jeune écrivain prometteur. Des plus récents, je dirais qu’ils portent celle d’un écrivain plus tout à fait jeune mais toujours prometteur.

À quoi reconnaît-on, selon vous, un grand écrivain?
À son style, personnel, unique, inimitable.

Merci Stanley pour cette entrevue!

Vous pouvez en apprendre d'avantage sur l'auteur en consultant sa page web: http://www.stanleypean.com

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