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mardi 1 juillet 2014

Entrevue avec Sylvie Ouellette

Crédit photo: Marie Potvin
« Il n’y a rien de moi dans mes romans.» — Sylvie Ouellette


La grande question : pourquoi écrivez-vous?

La grande réponse : pourquoi pas? Tandis que plusieurs personnes ces temps-ci cherchent à faire taire le hamster qui tourne constamment dans leur tête, moi je le laisse courir et je le nourris. C’est lui qui m’envoie toutes sortes d’idées pour toutes sortes de romans, même si je sais que je n’aurais jamais assez d’une seule vie pour tout écrire.

À quel moment avez-vous commencé à écrire, et pour quelles raisons avez-vous commencé à le faire? 
J’ai d’abord toujours été férue de lecture, dès l’âge de 7 ou 8 ans. Puis, j’ai commencé à écrire mon premier roman vers 11 ou 12 ans. J’ai fait environ 3-4 pages – tapées de peine et de misère sur une vieille machine à écrire - lorsque mon frère a mis la main dessus, a lu le tout rapidement puis a éclaté de rire en s’écriant « c’est donc ben épais! ». J’ai tout déchiré et je n’ai plus rien écrit pendant presque 15 ans.

Quelles sont vos thématiques préférées?
J’aime particulièrement les histoires vraies, du genre où la réalité dépasse la fiction, mais qui sont tombées dans l’oubli. Je les sors des boules à mites, je les dépoussière, je reprise les trous et je brode un peu tout le tour. En général, les gens aiment bien qu’on leur serve ces histoires dont ils n’avaient jamais entendu parler.


Quel est l’objectif que vous tentez d’atteindre en travaillant un texte?

J’aime quand mes lecteurs me disent qu’ils en sont venus à oublier qu’ils étaient en train de lire, que mes scènes deviennent des images qui défilent devant leurs yeux comme un film. Donc insérer de bonnes descriptions, oui, mais jamais au détriment de l’action.



Vous arrive-t-il de procrastiner alors que vous devriez plonger dans l’écriture?

Constamment. J’ai beaucoup d’obligations qui sont autant d’occasions de me laisser distraire. Mais depuis ces derniers mois je consacre une journée par semaine uniquement à l’écriture, toujours dans le même café (parce que chez moi il y a trop de distractions). Aussi, du fait que j’ai trop d’idées mais peu de temps, je m’astreins à cet horaire, autrement je ne publierais plus jamais rien!


Vous arrive-t-il de vous relire et de trouver cela mauvais? 

En fait, c’est plutôt le contraire – j’ai tendance à trouver ça meilleur que ce ne l’est… ;-) Blague à part, lors de la rédaction de mon premier manuscrit, j’avais peine à y reconnaitre un livre. J’ai dû simuler une mise en page, l’imprimer, replier le tout et le feuilleter comme un bouquin pour arriver à me convaincre qu’un jour c’en serait un. Autrement, puisque mes trois premiers tomes étaient des romans érotiques, je me surprenais à penser, en me relisant, « je peux pas croire que c’est moi qui vient d’écrire des choses aussi osées! » - parce que, non, ce n’était pas tiré d’expériences personnelles. 


Avez-vous eu de la difficulté à trouver un éditeur pour votre tout premier ouvrage? et pour les ouvrages subséquents? 

Mes trois premiers ouvrages ont été publiés chez un éditeur britannique qui avait fait un appel à manuscrits. Ces trois contrats ont été signés sur la force d’un synopsis de 5-6 pages, accompagné des cinquante premières pages du texte. Puis, on s’entendait sur comment orienter le tout. Par la suite, ici au Québec, trouver un éditeur pour mes ouvrages subséquents a été plus ardu, puisqu’on demandait un manuscrit complet. 


Acceptez-vous que quelqu’un lise par-dessus votre épaule lorsque vous êtes en processus créatif?

Absolument. Je n’ai aucune pudeur quant à ce que j’écris. Je serais même prête à me donner en spectacle dans une vitrine de magasin pour que tout le monde me regarde faire. Si, en plus, ils pouvaient aussi me lancer de la nourriture, ce serait génial.


Quel est ce qui vous pose le plus de difficulté au moment de l’écriture?

Trouver le temps. Je suis mère de famille, je travaille trois jours/semaine et je prends des cours à l’université. L’écriture est le seul luxe que je m’offre, d’où la réponse à la cinquième question.



Acceptez-vous de retoucher votre texte à la demande d’un éditeur?

J’ai toujours été ouverte aux retouches. Je crois que l’éditeur est le meilleur juge de ce qu’il veut offrir comme produit.


Une part de votre écriture est-elle autofictive?

Mes romans érotiques sont 100% fictifs. Mes romans historiques sont bien sûr basés sur des histoires vraies, mais évidemment jamais les miennes. Non, sans contredit, il n’y a rien de moi dans mes romans.


Planifiez-vous votre écriture ou si vous vous laissez porter par elle?

Je ne laisse jamais rien au hasard – mes manuscrits sont planifiés du début à la fin. Tout part d’une idée qui mijote à feu doux, pendant longtemps (souvent des années). Je n’écris pas un seul mot tant et aussi longtemps que l’histoire n’est pas complète dans ma tête.

Quelle est l’ambiance de travail dont vous avez besoin pour vous plonger dans l’écriture?
Je n’ai aucune préférence quant à mon ambiance de travail, du moment que ni mon conjoint ni mes enfants ni mon chien ne soient à proximité.



Avez-vous un lieu ou un rituel d’écriture en particulier?

Je n’écris pas quand je veux, mais plutôt quand je peux. Sauf qu’en général j’ai besoin d’avoir 3 ou 4 heures devant moi pour faire du bon travail. Donc ma cadence est intense (1000 mots à l’heure). Je ne serais pas capable de maintenir des résolutions du genre « écrire une page par jour, tous les jours ». Entre mes séances d’écriture, par contre, je garde papier et crayon à portée de main pour y noter les idées qui me passent par la tête quand je suis occupée à autre chose. Par exemple, une bribe de dialogue, un mot qui me plait particulièrement, une description à retravailler. C’est la faute au hamster de la première question. 


Faites-vous usage d’ouvrages de référence lorsque vous travaillez vos textes, si oui quels sont-ils et pourquoi les préférez-vous aux autres?

J’utilise Antidote, bien sûr. Autrement, le manuscrit sur lequel je travaille en ce moment se passe en Nouvelle-Écosse, donc j’ai avec moi un dictionnaire du français acadien. C’est la première fois que j’utilise un tel ouvrage. Pour le reste, il y a internet.


Éprouvez-vous parfois des pannes d’inspiration?

Jamais. En raison du temps qui s’écoule entre mes sessions d’écriture, je commence toujours par insérer ce qui m’est venu dans l’intervalle et que j’ai noté avec diligence sur toutes sortes de bouts de papier, ce qui me replonge dans mon texte. C’est ma façon d’amener de l’eau au moulin, en quelque sorte.


Lorsque vous travaillez un texte, et que vous en faites relecture, après le premier jet, tranchez-vous généralement dans le texte, à cette étape du travail, ou si, au contraire, vous avez tendance à en rajouter pour préciser, mieux camper les atmosphères etc.? 

Je travaille par couches successives. À partir de mon plan, je fais d’abord une ébauche assez rudimentaire, que j’appelle mon squelette. À la seconde étape, j’ajoute de la chair sur les os en élaborant les détails, ou alors je prends note des scènes ou d’autres aspects à développer. La troisième étape est l’habillage du manuscrit, durant laquelle je m’assure que tous les trous ont été comblés, que la trame est efficace et mes dialogues font leur boulot.


Lorsque vous terminez l’écriture d’un manuscrit, êtes-vous déjà prêt à vous lancer dans l’écriture du prochain?

Je me lance souvent dans le prochain avant même d’avoir terminé un manuscrit. Histoire de me détacher du premier pour être plus efficace en ré-écriture, puisque j’ai besoin de recul pour mieux trouver les lacunes et y remédier.


Comment définiriez-vous votre style d’écriture?

Ce n’est pas de moi, mais on a dit que j’avais un style « riviéra » parce que mes histoires coulent «comme une rivière va à la mer, lentement, fluidement et sûrement». J’aime bien l’analogie.

Merci Sylvie pour cet entretien! 

La page Facebook de l'auteure: www.facebook.com/Sylvie.Ouellette.Auteure

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