La grande question : pourquoi écrivez-vous?
Pour créer un monde à ma mesure, un monde que je comprends.
À quel moment avez-vous commencé à écrire, et pour quelles raisons avez-vous commencé à le faire?
Quand me raconter des histoires avec une poignée de Playmobil ne suffisait plus.
Quelles sont vos thématiques préférées?
La solitude. C’est une de mes obsessions et je ne sais même pas pourquoi.
Quel est l’objectif que vous tentez d’atteindre en travaillant un texte?
La perfection, évidemment. Écrire le texte ultime, celui qui rendra vain l’exercice d’écrire autre chose ensuite. Heureusement, ça n’arrive jamais.
Avez-vous une obsession liée à l’écriture?
Arriver au mot « fin ».
À quoi correspond, selon vous, le rôle social de l’écrivain?
L’écrivain ne sert plus à rien. C’est ce qui lui donne cette liberté que les autres lui envient.
Vous arrive-t-il de procrastiner alors que vous devriez plonger dans l’écriture?
Je ne procrastine pas, je, euh, hum, je réfléchis.
Quels sont les écrivains qui vous ont influencé(e), ou vous influencent encore beaucoup aujourd’hui?
Jean-Philippe Toussaint, John Fante, Philippe Djian, Henri Vernes, Schulz, Emmanuel Carrère, Virginie Despentes, Manara, Christian Oster, Jean-Pierre Bacri et Agnès Jaoui, Stephen King, Jean Ray, Agota Kristof, Cormac McCarthy, Haruki Murakami, Chuck Palahniuk, David Sedaris, Edgar Allan Poe. Je crois que les sources d’influences, même si elles semblent loin derrière, ne nous quittent jamais.
Que pensez-vous de la liberté de l’écrivain?
L’écrivain s’en sert trop rarement. On devrait toujours écrire comme si c’étaient nos dernières pages avant de mourir. Mais on ne le fait pas, on préfère croire que l’écriture nous rendra immortels. L’ambition tue l’inspiration.
Quel est le moteur de votre inspiration?
Je l’ignore et je ne cherche pas à le savoir. Je tente de garder une part d’inconnu quand j’écris, d’y aller à l’instinct. Ça me permet de découvrir plein de choses en relisant mes textes que je n’avais pas prévu y mettre. Par exemple, j’ai écrit « Mal élevé » en croyant que j’y parlais d’ambition alors qu’au final j’y parle de famille.
Vous arrive-t-il de vous relire et de trouver cela mauvais?
Une fois sur deux.
Croyez-vous plus au talent ou à la technique?
Je crois à un habile mélange des deux. Un compense parfois pour l’autre mais ne peut le remplacer.
Avez-vous eu de la difficulté à trouver un éditeur pour votre tout premier ouvrage? et pour les ouvrages subséquents?
Québec Amérique, la première maison d’édition que j’ai été voir a dit oui. Et, depuis, elle dit oui à toutes mes idées folles.
Acceptez-vous que quelqu’un lise par-dessus votre épaule lorsque vous êtes en processus créatif?
De moins en moins. Le texte inachevé est une plaie ouverte. J’aime pas trop qu’on vienne jouer dedans, à moins d’être médecin.
Quel est ce qui vous pose le plus de difficulté au moment de l’écriture?
Choisir. Le « syndrome de la page blanche », au fond, ce n’est qu’un moment d’hésitation devant des dizaines d’avenues possibles.
Acceptez-vous de retoucher votre texte à la demande d’un éditeur?
Évidemment! Le manuscrit que je remets à l’éditeur, c’est un récit que je comprends bien parce que j’ai toutes les références requises. C’est moi qui l’ai écrit! Le livre imprimé s’adresse au lecteur. Il ne m’appartient plus. L’éditeur s’assure que ce livre sera limpide pour le lecteur.
Vous arrive-t-il de vous autocensurer?
Parfois. J’appelle ça avoir de l’élégance. Ça évite aussi que des ex viennent lancer des briques dans mes fenêtres.
Une part de votre écriture est-elle autofictive?
Voir question précédente.
Y a-t-il des sujets ou des thèmes que vous évitez d’aborder dans votre pratique?
Tous ceux qui ne m’inspirent pas pour l’instant.
Planifiez-vous votre écriture ou si vous vous laissez porter par elle?
Je vis de ma plume alors oui, je planifie. J’écris mieux le matin et le soir. L’après-midi, je réponds aux courriels, je fais de la recherche, je planifie le souper. Mon temps s’organise autour des dates de tombées : plus le projet est urgent, plus je lui laisse de la place.
Quelle est l’ambiance de travail dont vous avez besoin pour vous plonger dans l’écriture?
Un document Word ouvert.
Avez-vous un lieu ou un rituel d’écriture en particulier?
Non. Ça évite de m’inventer des raisons extérieures lorsque je n’ai rien écrit de bon.
Faites-vous usage d’ouvrages de référence lorsque vous travaillez vos textes, si oui quels sont-ils et pourquoi les préférez-vous aux autres?
J’ai toujours de la documentation à portée de main, différente de projet en projet. Des livres sur la piraterie pour « Morlante », la Bible et le petit catéchisme pour « Stigmates et BBQ ».
Éprouvez-vous parfois des pannes d’inspiration?
Les outils dont on se sert tous les jours et dont on prend soin ne tombent pas en panne. Les moments où je devrais écrire mais je n’écris pas, c’est par paresse.
Lorsque vous travaillez un texte, et que vous en faites relecture, après le premier jet, tranchez-vous généralement dans le texte, à cette étape du travail, ou si, au contraire, vous avez tendance à en rajouter pour préciser, mieux camper les atmosphères, etc.?
J’ai plutôt tendance à ajouter des précisions en relisant mon premier jet. Parce que j’écris lentement, je me retrouve rarement devant une scène inutile que j’aurais écrite à la hâte sous le coup de « l’inspiration ».
Lorsque vous terminez l’écriture d’un manuscrit, êtes-vous déjà prêt à vous lancer dans l’écriture du prochain?
Non. Et je n’en ai pas envie.
Quel est le point commun, selon vous, de tous vos écrits?
Ma voix. Je doute souvent de mon talent ou de ma technique, mais jamais de ma voix. Tout ce que j’écris est sincère, fidèle à ce que je suis à ce moment-là. Avec du recul je peux toujours trouver des défauts à mes textes, mais je ne les renie jamais.
Quel est l’aspect qui vous semble le plus important à travailler dans un texte?
La structure dramatique. Parce que le reste vient tout seul. La peinture peut se faire à l’instinct mais l’architecture est un art qui demande beaucoup de précision.
Écrivez-vous dans la douleur ou dans la joie?
J’écris. Mes humeurs n’importent pas. Ce sont des romans, des chroniques, des scénarios et non un journal intime.
Quelles sont les erreurs que vous avez commises dans vos premiers textes, et que vous vous gardez bien de commettre encore?
Croire que le lecteur aura la même vision de mon texte que j’en ai. Cent lecteurs, c’est cent lectures différentes d’un même texte.
Êtes-vous sensible à la critique que l’on fait de vos écrits?
Seulement lorsqu’on me prête des intentions. Je déteste ça. Pour le reste, que l’on crie au génie ou à l’imposteur, je m’en fous.
Comment définiriez-vous votre style d’écriture?
Rythmique. Droit au but. J’appelle une chatte une chatte. Aucune poésie.
Que pensez-vous de vos premiers ouvrages publiés?
« Un petit pas pour l’homme », mon premier roman, restera sans doute mon plus grand succès. Ça semble être un constat déprimant, mais ça enlève toute la pression.
Y a-t-il des manuscrits qui dorment dans vos tiroirs? Pourquoi les y laissez-vous?
Non. J’ai quelques nouvelles jamais menées à terme, probablement parce que l’idée de départ ne menait à rien.
Complétez à votre guise l’énoncé suivant : « Écrire c’est… »
Nécessaire.
À quoi reconnaît-on, selon vous, un grand écrivain?
Il est mort il y a cent ans et, pourtant, on se rend compte qu’il parle de nous, là, maintenant.
Lorsque vous êtes en processus d’écriture, lisez-vous d’autres auteurs sur le sujet qui vous préoccupe?
Peu importe. J’absorbe et je transforme tout. Les livres, les films, l’art visuel, la vie.
Merci pour cette entrevue, Stéphane!
Pour en savoir un peu plsu sur l'auteur: http://about.me/dompierre
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